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chaque niveau de lecture en cache un autre encore, il me semblerait évident pourtant que ce Caïman là cache d'abord, à crever l'écran, un film sur les relations homme
femme, avec une mise en parallèle sidérante entre le fascisme et le machisme, entre le fascisme et l'insurmontable relation de domination homme femme, si ce n'est dans le sacrifice masculin le plus
christique, le plus total qui soit. Impressionnant. Un remake qui ne dit pas son nom de La Dernière Femme de Marco Ferreri. Je fais vite. Mais c'est si évident pour moi que c'est là le sujet du
film que Moretti a voulu faire, que je ne comprends pas pourquoi il n'est pas présenté ainsi dans les critiques parcourues. Berlusconi comme prétexte, fallait oser. Peut-être parce que "l'autre"
sujet est plus tabou encore. Un film sur Berlusconi? Seule une jeune femme peut le faire, c'est là l'histoire du film, peut oser le faire, mais ce n'est pas n'importe quelle jeune femme. Lesbienne,
en couple, avec enfant procréé par insémination artificielle aux Pays-Bas... "Non ne dis pas ne dis pas, je préfère pas savoir", dit le producteur Bruno Bonomo (entre "bonobo" et "bonhomme"?). Et
lui financera le film finalement sur l'argent de sa femme, qu'elle lui donne de ses parents suite à leur rupture en guise de rachat de sa part d'appartement. Le personnage central est dépouillé
toujours plus avant des attributs de sa masculinité, dans un trajet sacrificiel toujours plus délirant : il enlace sa femme dans un jeu desexualisé sur le lit des enfants, il inocule le mot "sexe"
à l'un de ses fils sous forme de piqüres de jeu libre et sûr dans un lit commun qui évoque pourtant le risque de l'inceste forcément craint/envisagé comme risque à prévenir dans les ruptures,
toujours plus doux / impeccable ("sans faute" étymologiquement), droit avec la jeune réalisatrice (rassurant au passage son ex à ce sujet, essayant de réconforter la jeune femme aussi face à un
lourd connard déplacé, etc.), malgré l'évocation face à la compagne lesbienne découverte qu'il "aurait pu tomber amoureux" de sa protégée, etc. D'ailleurs, si son atttitude impeccable force
l'attachement et le respect, et lui semble consubstancielle, plein d'éléments rappellent en réalité que rien n'est acquis, que son parcours est aussi un effort, un effort paradoxal pour être aimé,
et qui pourtant jamais ne suffit : il ne réussit pas à garder sa femme, dont il est visiblement toujours amorueux, et les scènes de la rupture progressive rythment le film. La perspective du
moindre espoir de chance avec la jeune réalisatrice est totalement exclu, et on s'aperçoit qu'il s'en nourrissait secrètement, comme d'un rêve ou d'une perspective possible au moins, jusqu'à la
scène devant la compagne lesbienne. Du reste le ton est donné par la première scène du film, présenté comme extrait d'une série Z culte du producteur Bruno, où la jeune mariée tue son époux devant
l'autel où se dévidait une logorrée communiste kitsch italienne... avant de réussir à s'enfuir, échapper aux balles, crever la vitre de verre, plafond de verre et miroir du monde, elle va s'en
sortir elle (Souviens toi que je suis Médée, écrit Isabelle Stenger. Ou le mystère de Médée: criminelle mais innocente et libre, le secret de l'émancipation féminine au sortir de l'enfermemement
dans l'économie psychique, amoureuse et sociale masculine). Jusqu'à cette scène bouleversante enfin au sortir de chez le notaire où il vient d'accepter de recevoir de l'argent de sa femme pour prix
de la consommation de la rupture (il cède sa part d'appartment), et où les deux ex, chacun dans leur voiture, roulent côte à côte et se doublent tour à tour dans un jeu tendre, lui menant ce jeu
qu'il invente, mais en réalité pour mettre en scène le fait qu'il n'a pas été maitre du jeu, et où jusqu'au bout il semble espérer encore être aimé, être aimé au moins pour "tout ça", conscient en
même temps de cette émancipation féminine qui semble ne devoir se faire qu'au prix de son sacrifice à lui le plus absolu. Injustice troublante, étouffante. Aucune rémission. Mais son malheur
personnel est en balance constante avec l'émotion subtile que lui distille cette "découverte"... et les indices de l'impossibilité même qu'elle représente sont donnés aussi, à travers les scènes de
son harcèlement sur son ex, à travers aussi les scènes de films Z dont il est producteur et qu'il raconte à ses enfants (le critique gastronomique odieux avec la cuisinière du restaurant, scène de
ménage à peine détournée? mais là encore, il y a mise à mort du mâle et triomphe de l'héroine) Enfin, faute d'acteur, c'est "Nanni Moretti" lui même qui joue le dernier Berlusconi du film, et le
plan final, qui le met en scène en premier plan, est une évocation explicite du fascisme. Il reste pourtant l'espoir. Les gosses (deux garçons), perturbés par la séparation des parents, qui se
cherchent, certes désespérément, la pièce manquante du jeu de légo, totalement démonté à même le sol, pour une reconstruction qui est encore à commencer; les deux gamins encore, avec leur père, qui
dansent maladroitement sur une musique raï enflammée de l'album "1,2,3 soleil" pendant que femmes et immigrés (association unique du film de ces deux catégories dominées par ailleurs associées
aujourd'hui dans le féminisme de la jeune génération, à Rome notamment en 2007 lors de la Journée mondiale contre les violences faites aux femmes) peignent les décors du film à venir, moment
jouissif; le père et ses gosses, toujours, dans la tente qu'ils viennent de monter et qui s'écroule, tente en guise de 2e maison promise aux enfants pour leur faire apparaître positive la rupture
des parents, et montrant le trio se débattant sous la toile informe sur eux comme dans des boyaux les digérant, ou comme dans un utérus pour une nouvelle naissance; la libération de Bruno le
producteur, au coeur de l'échec, par une pelleteuse qui défonce sans ménagement les murs de son studio de cinéma où il s'était endormi, créant un trou de lumière; le sérieux du rythme de vie pris
par l'ex femme, qui ne veut plus jouer dans des films comme à ses débuts avec son mari ("c'est du passé" "elle ne veut plus" sont des leitmotivs du film) mais s'acharne sur ses horaires de
répétition pour participer à une chorale; et surtout, surtout, le mot "action" prononcé trop doucement, puis doucement mais fort (sur les conseils de Bruno, qui a mis là tout son argent reçu de sa
femme), par la jeune réalisatrice. Un film étouffant, sidérant. Un grand film sur Berlusconi, car seules les séries Z du producteur raté mais si tendre Bruno pouvaient être le lieu de l amise en
scène de l'émancipation féminine (voir récits plus hauts), mais un grand film sur un fasciste, grand homme (comme le dit un acteur pressenti qui finalement lachera la projet pour jouer Christophe
Colomb revenant sur une seule caravelle...) ... tourné par une jeune femme lesbienne inexpérimentée.
Sur le foulard autorisé à nouveau sur les cmpus par la majorité islamiste réélue,
un article de Nilüfer Göle et un complément sur l'attaque du parti au pouvoir par la justice turque
**TURQUIE : une affaire de foulard, une affaire de femmes ?**par Nilüfer Göle
En Turquie, le vote parlementaire récent a mis fin à l’interdictiondu
voile, mais pas à la controverse publique qui a sévèrement diviséet
profondément polarisé la société turque depuis la période post-1990.
Nilüfer Göle dresse un état des lieux. Sur la crise du foulard en
Turquie, ses significations et perspectives, les nouvelles
recompositions politiques à l’oeuvre dans les camps séculiers et
musulmans, et la part des femmes dans ce jeu. Un texte d’analyse
essentiel de Nilüfer Göle. Trad. Resisting Women.
http://www.resistingwomen.net/spip.php?article317&lang=fr
Sur le même sujet, les derniers "rebondissements" :
** Turquie : La justice veut fermer le parti du pouvoir **
par Jérôme Bastion
- 16 mars 2008
Le procureur général de la Cour de cassation a introduit auprès de la
Cour constitutionnelle une requête en interdiction du parti au pouvoir.
Accusé d’« activités anti-laïques », le Parti de la justice et du
développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan pourrait
être victime de la récente libéralisation du foulard islamique dansles
universités. Jusqu’au président de la République, Abdullah Gül,ses
dirigeants risquent jusqu’à 5 ans de bannissement de la vie politique.
-> http://www.turquieeuropeenne.eu/article2597.html
« Oui au voile, non aux amateurs d’interdictions », « ne te laisse pas dominer par la paranoïa », clamaient mercredi une centaines d’étudiants devant l’université stambouliote de Bogaziçi, pourtant connue comme le seul établissement public à tolérer de longue date les jeunes femmes voilées.
Ici, la fin de cette interdiction dans l’enseignement supérieur, votée par le Parlement sur proposition d’un gouvernement issu de la mouvance islamiste et promulguée fin février par le président Abdullah Gül, a paradoxalement compliqué la vie des étudiantes en foulard.
« Récemment, avec le conflit politique qui a vu le jour (autour du voile), il y a eu des cas où des femmes voilées ont du quitter la classe et où des enseignants se sont mal comportés avec elles », explique Sait Öztürk, un étudiant en sociologie qui par solidarité avec ses camarades a lui aussi revêtu un voile islamique.
"Les journalistes, les politiciens établis et les faiseurs d’opinion se servent des différences entre la tuerie de Polytechnique et les schémas habituels de violence anti-femmes afin de brouiller les pistes, comme si c’étaient les différences qui importaient et non ce qui est identique. Nous savons ce qui est identique. Alors, analysons d’abord les vraies différences, plutôt que de laisser ces gens les manipuler pour faire de ce massacre un événement qui ne pourrait jamais se répéter dans toute l’histoire de l’humanité.Nous les femmes, vous le savez, sommes habituellement tuées dans nos propres maisons, dans ce qu’on appelle la vie privée - parce qu’un homme et une femme ensemble ne sont pas considérés comme une unité sociale. L’unité, c’est lui : c’est lui qui est l’être humain. Elle est sa subalterne. La vie privée lui appartient à lui et il peut y faire ce qu’il veut à sa femme. Quand on nous blesse, c’est habituellement hors de vue des caméras et des annonces officielles. Nous sommes blessées d’habitude par des hommes que nous connaissons et particulièrement par des hommes avec qui nous avons eu des rapports intimes, je veux dire un rapport sexuel. (...)
Extraits de Pouvoir et violence sexiste, préface Catherine A. MacKinnon, éditions Sisyphe, 2007, Montréal, 2007, chapitre 2, pp. 23 à 27. Format : 10 cm x 15 cm, 126 pages. ISBN : 978-2-923456-07-2. En librairie.
"les jeunes ne veulent plus faire de politique..
se detournent de la "chose" publique
sont irresponsables.."
les femmes c'est encore plus delicat
"difficile de les contacter
de les mobiliser...".
"le peuple boycotte les elections..
ou se laisse acheter"
et c des tables rondes
des colloques
des discussions...
on invite meme des experts
et c preferable
s'ils sont de l'étranger!!!
pourquoi??
que se passe-t-il?
des uns qui parlent des mefaits de l'éducation..
d'autres de la famille...
des sequelles des années de plomb...
ça analyse
ça se reunit
ça gesticule...
d'autant plus
que quand c'est fait dans des hotels de luxe..
pourtant moi
les jeunes je les vois faire de la politique
quand je vois les manifs des islamistes
je ne vois que des jeunes..
quand je vois les manifs des diplomes chomeurs
je ne vois que des jeunes
quand je vois les greves des ouvrieres
je ne vois que des jeunes et des femmes...
Le blog (des accros) de Samira Kinani, militante marocaine des droits humains
Since it came to power in 2002, the AKP has passed no overtly Islamist legislation. Erdogan tried to outlaw adultery, and some AKP mayors of provincial cities briefly set up alcohol-free zones, but these schemes met with protest and were abandoned. Erdogan's education minister has been accused of Islamizing textbooks, and of packing his ministry with former employees of the Religious Affairs Directorate, but education remains, for the pupils at most state schools, a resoundingly secular experience. The AKP has not tried to limit or ban usury. Although it came to power promising satisfaction to those who chafe at the head-scarf ban, a highly controversial symbol of the secular–Islamist divide, it did not, in its first term, try to reverse this ban, and the sixty-two women it put up for election in July were all bare-headed. Moreover, over the past few years, the government has brought about what a recent report on women's rights from the European Stability Initiative, a Berlin-based think tank, called "the most radical changes to the legal status of Turkish women in 80 years."(1) Under these reforms, rape in marriage and sexual harassment in the workplace were made criminal offenses, and sexual crimes in general were classified as violations of the rights of the individual. They had formerly been defined as crimes against society, the family, or public morality.
(1)See the European Stability Initiative's "Sex and Power in Turkey: Feminism, Islam and the Maturing of Turkish Democracy" (Berlin and Istanbul: ESI, June 2, 2007), available at www.esiweb .org.